Interview de Jérôme Deya, photographe : « Lutter contre la peur de la différence »

Jérôme Deya est un photographe séduit par les autres, tous les autres, et notamment dans leurs différences relatives. Son angle ? Le désir, l’amour, l’érotisme dans le handicap. Après 3 années de prises de contact en expliquant sa démarche (les prises de vue s’étant déroulées sur une journée par couple), il est arrivé à saisir des instants mémorables, où l’on ressent la sensibilité de deux personnes qui s’aiment. Mickaël et Aurélie, François et Catherine, Alex et Alixia, ils sont tous les protagonistes de ces séquences émouvantes où l’amour défie le handicap avec justesse, avec justice. Cela donne une exposition à laquelle Jérôme Deya et « Jaccede » vous invitent. Elle aura lieu du 26 septembre au 31 octobre à la galerie « L’Oeil pense », au 12 rue Léopold Bellan (75002 Paris). De plain-pied, la galerie est accessible aux personnes à mobilité réduite. Jérôme Deya a bien voulu répondre à nos questions, cela donne des réponses touchantes.  

Depuis quand de temps travailles-tu sur le handicap ?

Mon premier reportage sur le handicap date de 1999. Il traitait de la discrimination par l’inaccessibilité, et du regard des autres sur les personnes handicapées.

Quel regard portes-tu sur lui ?

Un regard ni inquiété, ni trop bienveillant… sinon dans les deux cas on est à côté de la plaque. Les personnes qu’on appelle « handicapées » ont une particularité qui leur porte préjudice. Pour autant, qu’ils soient physiques ou psychiques, nous avons tous sans exception un ou des handicaps plus ou moins gênants. Les personnes dites « valides » s’en accommodent ou peuvent se permettre de le cacher alors que pour d’autres il est affiché au grand jour.

Quel message veux-tu faire passer au travers de cette exposition sur l’amour et l’érotisme dans le handicap ?

Mon message est basé sur la même perception, le même raisonnement. Qu’est-ce qui différencie une personne dite « handicapée » d’une autre dite « valide » ? L’un a le corps ou l’esprit meurtri, et l’autre pas… ou moins ? Admettons, mais selon quels critères ? Est-ce que pour autant une personne handicapée n’a pas d’attentes physiques, de désirs, de besoins de partager des sentiments ou une pulsion charnelle… ou autre d’ailleurs ?

Selon toute logique non. Pour autant, certains « valides » peinent à le comprendre. Et sous prétexte de corps abimés, ils cantonneraient presque l’autre à un état – « handicapé » – au lieu de le considérer en tant que personne.

Mais je crois qu’il y a aussi le regard. Le handicap dérange, visuellement ou socialement, et ne pas l’approcher, s’en tenir à distance, peut être bien pratique pour ne pas avoir à y être confronté. Une réticence qui complique encore la mise en accessibilité de la société.

Lutter contre la peur de la différence… et au fond contre le sectarisme et l’ignorance est le combat incessant que mènent notamment « J’accède », l’APF et d’autres associations.

Pars-tu du principe qu’il y a une discrimination, qu’il y aurait un regard différent sur l’amour vis-à-vis des personnes handicapées ? Cette exposition est-elle ta réponse à ces discriminations ?

Oui, bien sûr, il y a une discrimination évidente. Du fait de leur condition, mais aussi trop souvent parce que « ceux qui peuvent » – proches, personnel médical, ou autre – ont choisi de leur imposer des limites, les personnes handicapées n’ont pas forcément accès à la sexualité. Du coup, au nom du bien pour tous et de la morale, la majorité bien-pensante dicte ce qui est convenable et ce qui doit être permis ou non. L’individu se retrouve alors dans un cadre de vie préétabli par les « bienveillants » et auquel on voudrait qu’il se conforme.

Tu apprécies « ceux qui ne sont pas comme toi ». Les gens différents apportent-ils des réponses à des questions complexes, des questions que la société a peur de poser ?

C’est surtout que les personnes qui ne sont pas comme moi me permettent de profiter de leur regard sur les choses, sur la société et sur la vie. Je n’ai assurément pas toujours cette intelligence à accepter le regard d’autrui et à le prendre en considération, mais dès lors que j’y parviens il m’ouvre des voies forcement enrichissantes.

Comment les handicapés que tu as pu rencontrer vivent-ils leur relation à l’amour ?

Le plus simplement du monde… le handicap en plus, voilà tout. Leur relation à l’amour est naturelle, avec ses contrariétés physiques que les personnes que j’ai rencontrées surmontaient à leur manière, en fonction de leur handicap et d’un apprentissage commun du corps de l’autre.

Quel message veux-tu faire passer aux handicapés ? Sur leur relation à l’amour, à l’érotisme, au désir notamment ?

Je n’ai pas de message particulier à faire passer. Mon sentiment cependant est qu’il n’y a aucune raison pour que leur relation à l’amour soit différente de celle que peut entretenir tout autre individu. Il s’agit d’un droit élémentaire que chacun devrait pouvoir être en mesure de revendiquer.

Propos recueillis par Jaccede.

 

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Une réflexion au sujet de « Interview de Jérôme Deya, photographe : « Lutter contre la peur de la différence » »

  1. Jerome Deya

    L’expo « A MON CORPS DERANGEANT » fait sa « Nuit Blanche »
    Samedi 4 octobre, la galerie « L’OEIL PENSE » sera ouverte
    non-stop de 12h30 à 00h au moins… 2h du matin selon affluence.
    Jerome Deya

    EXPO : du 26 septembre au 31 octobre 2014
    [du mardi au samedi – 12h30 à 18h30] – Entrée libre
    Galerie « L’OEIL PENSE » – 12 rue Léopold Bellan 75002 Paris
    Métros : Sentier, Les Halles – Bus : 29 . 30 . 39 . 74 . 85
    De plain-pied, la galerie est totalement accessible aux personnes à mobilité réduite.

    Répondre

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